Keep on running!

12 avr


Marathon de Paris le 10 avril 2011. 42,195 klms dans les rues de la capitale. On visait 4h30 mais finalement ce fut 5H05. Pas si grave…

Il y avait  moi, mon frère Victor et Tom (celui qui a l’air le plus en jambes au milieu sur la photo). Tom est un ami britannique rencontré en Bolivie. Il a courru trois marathon dont deux fois celui de Londres et une fois celui de Dublin. Son meilleur temps est 3h30. Il s’était entraîné comme un porc à l’époque mais là il vient «just for the fun» supporter les petits padawan de la course de fond que nous sommes. Ainsi les deux individus affalés sur leur siège RATP sont officiellement à classer au rang les boulets de la bande.

Tom nous a bien aide toute cette journée et ce dès le petit-déjeuner où il nous a mijoté un fabuleux «Scottish Porridge» façon pâte-à-mâcher qui, à défaut d’être bon (Tom est anglais je le rappel…), nous a sérieusement calé le bide pendant toute la course. Le métro est plein de coureur. La tension monte.

Départ : les Champs-Elysées sont noirs de monde… En attendant le départ près de 40 000 personnes s’adonnent au pisse-vitrine. La sonno crache du Hello, du Gaëtan Roussel et du Barbara Steisand. Les rythmes cardiaques augmentent. On part dans les derniers… Premières foulées. «Mais est-ce que je fais pas une connerie?». Je regarde mon frère et je suis sûr qu’il pense pareil.

5 klm : la remontée de la rue de Rivoli en petites foulées fut exceptionnelle! On arrive tranquillement à Bastille pour le premier ravitaillement. La foule de coureur est encore dense. La polonaise qui me sert de femme est perchée sur une rambarde pour nous encourager. En effet c’est encourageant.

7 klm : une petite fille toute mignonne crie «Allez Charles-Henri!» en voyant mon nom sur le dossard. L’un de mes meilleurs moments de la course.

10 klm : nous ne sommes plus très loin du château de Vincennes. Pipi-stop pour les filles. Il fait un super temps. Apres des mois d’entrainement en plein hiver voir les pousses vertes sur les arbres donne du baume au coeur.

15 klm : il y a de jolies maisons à Vincennes. On a un bon rythme. Tout baigne.

21,1 klm – semi marathon : retour dans Paris. On boucle la première partie de la course en 2h17. On est pile poil dans nos objectifs. Il y a beaucoup de monde au bord de la route. Des inconnus vous encouragent par votre prénom et ça fait vraiment du bien. Plus loin on retrouve ma polonaise à Bastille puis mes parents au bout de l’Arsenal. La petite fatigue du semi perce mais tout va bien.

25 klm : les premières douleurs apparaissent avec l’enchaînement des longs tunnels de la rive droite. Cette partie de la course n’est pas particulièrement agréable. Les sorties des tunnels sont difficiles. Il y a bien sûr ces petit dénivelés mais aussi la chaleur qui commence à se faire sentir.

30 klm : 3h18 de course. C’est difficile… On est passé près de la Tour Eiffel sans même y prêter attention. Les échanges de regard avec mon frère témoigne des premiers doutes. Notre rythme baisse. On se demande qui va s’arrêter marcher en premier… Nos jambes sont lourdes. On continue en serrant les dents.

33 klm : Rolland Garros et là… BIM! je heurte le mur
Une horreur. C’est un peu comme avancer avec deux douloureux sacs de pierres à la place des jambes. Je me souviens de m’être affalé sur un stand de ravitaillement et du mal de chien pour en repartir. Par contre – et on me l’a raconté plus tard…- je ne me souviens ni de notre arrêt pipi ni du mec qui vomissait à côté de ce stand.

35 klm : un mal au dos s’ajoute au point de supplanter le mal de jambes. Plus qu’un mur mon frère heurte une muraille qui lui dessine des cernes noires sous les yeux. Tom déroule encore tranquillement. Pour moi la douleur est vive. Il fait chaud. Apres avoir marcher 300 mètres jusqu’au 36km je dois m’arrêter pour m’étirer le dos. Un inconnu sort un «Allez courage!» plein d’entrain. Je n’ai même plus la force de dire merci mais c’est fou comme ce petit encouragement m’a fait du bien… On repart en trottinant sur des saletés de galets qui font mal aux pieds.

37 klm : on est dans Boulogne. Ces putains de kilomètres n’en finissent pas de s’allonger. Je m’arrête à nouveau pour m’étirer le dos. On repart cahin-caha. Un coureur pâle comme un linge est assis avec des pompiers sous une couverture chauffante. Juste derrière un autre est embarqué dans une ambulance…

38 klm : le parcours ouvre sur une interminable ligne droite qui montre encore l’étendue du chemin à parcourir. On croise un coureur qui s’est littéralement « fait » dessus… J’ai du mal garder la foulée mais ça va un peu mieux. Le mental prend le relais. La perspective de l’arrivée est encore floue et lointaine mais je sais qu’on ne pourra plus abandonner. L’arrêt n’est plus envisageable. On se doit d’arriver. Victor est dans la stratosphère du mal de jambes. De rage il en jette violemment une banane par terre… beau geste.

39 klm : je croyais qu’ils avaient enlevé ce putain de panneau. Mais non il est bien là. Bien là pour nous rappeler qu’il reste encore 2,1 klms de souffrance pur jus. Victor n’en peut plus. Quand il marche il boite et il peut difficilement aligner plus de 200 mètres de course consécutivement. Mon visage se crispe. J’ai bu 5 litres d’eau depuis la matinée mais ça fait bien longtemps que j’ai arrêté de transpirer… mon corps n’a plus rien. Je suis sec comme une brindille. Derrière nous il y a deux américaines avec un insupportable accent. On peut même pas les semer…

40 klm : la flamme rouge… on se parle et on se motive. Tom nous encourage. Victor et moi faisons d’ultimes étirements pour bien entamer ce dernier kilomètre et être sûr de ne pas s’arrêter. Entre la joie et les nerfs la vision du rond-point de la Porte Dauphine me donne un crise de larme sans eaux. A la sortie du virage il y a l’avenue Foch et 100 mètres plus loin la ligne d’arrivée.

42,195 klm : On se tape un sprint de grand-père dans les derniers hectomètres. On donne tout! Nous arrivons ensemble sur le ligne d’arrivée en 5h04… c’est plus que notre objectif… mais le moment est trop fort! Je suis tellement fier que nous soyons reste ensemble tout le long de la course. Cinq heures à se surveiller et à s’encourager valait bien une belle accolade. «Never ever» fut ma première phrase intelligible. Victor tout pale et sans réaction devaient encore être dans sa stratosphère… Réplique de Tom tout sourire : «That’s exactly what i said after my first marathon»… lui n’a pas l’air d’avoir trop souffert. Juste un peu en fait. C’est assez impressionnant.

J’ai gagné un 1 ongle mort, perdu 2 kilos et brûlé entre 5 000 et 6 000 calories.

Deux jours après je suis toujours très fier mais je me dis que 5h04 c’est quand même pas terrible. J’ai vu des jeunes gars en pleine forme peiner dès le klm 15 (et là je vois pas comment on peut finir la course…) et des grands-mères se débrouiller beaucoup mieux que nous… Il y a des handicapés, des petits, des jeunes, des gros, des vieux etc. c’est une épreuve fascinante où le mental et l’expérience compte tout autant que la condition physique. Alors vais-je le refaire? Si oui ce sera surement avec mon frère. Peut-être dans une autre ville. J’aime la joie des lignes d’arrivées et dans ce sport ou dans un autre, aussi dûr soit-il, je voudrais vraiment revivre ça. So let’s  keep on running

Sinon il y a d’autres récits intéressants de cette édition ici ou ici. Cet autre témoignage est plus ancien mais bien écrit et très sympa lire.

    7 Reponses to “Keep on running!”

    1. Séb 13 avril 2011 at 10 h 10 min #

      Bonjour Charles! J’ai découvert ton blog via les statistiques du mien où tu apparaissais comme source de trafic ;-)
      Et je vois que nous avons été compagnons inconnus et anonymes de souffrance dimanche dernier. Bravo pour avoir réussi à finir dans ces conditions terribles!!! D’autant plus que vous avez vu des cas de détresse encore pires que ce que j’ai pu voir.
      Bravo à toi et ton frère, vous êtes Marathoniens! Bonne récup’ et au plaisir de te lire prochainement.

      • Charles 13 avril 2011 at 17 h 31 min #

        Salut ! Je crois qu’on a eu la même fabuleuse idée de courir en noir sous ce soleil de plomb… et à en croire ton récit tu as du commencer à en baver très sérieusement vers le stand Powerade (un calvaire…). Toutes mes félicitations pour avoir terminé cette course… Chacun a bien porté sa croix durant les derniers kilomètres mais la solidarité des participants pendant et après l’épreuve est vraiment formidable.

        ps : bien vu pour le rattrapage des remerciements des bénévoles. Je vais m’en inspirer…

    2. Greg 13 avril 2011 at 12 h 54 min #

      Bonjour, Marathonien! Toi qui a su parcourir ces plus de 42km. Car oui, tu fais partie du cercle fermé des marathoniens! Encore bravo!
      Comme Seb, je découvre le carnage que peut faire le marathon. Et la souffrance que doit être également l’abandon!
      Une dernière fois, félicitations!
      A quand le prochain?

      • Charles 13 avril 2011 at 17 h 35 min #

        Franchement bravo pour avoir mené ta course et tout ton projet a bien. C’est vrai que la joie de terminer est aussi forte que la douleur des 10 derniers kilomètres ! Mais en plus tu dois avoir l’impression de ne pas l’avoir fait tout ça que pour ta pomme. Donc encore une fois bien joué!

        Je crois que je retenterai l’expérience (5h04 c’est pas possible il faut que je fasse moins…). C’est con mais la course a pied rend heureux. Alors peut-être au plaisir de se croiser lors d’une prochaine course…

    3. Victor 13 avril 2011 at 17 h 42 min #

      Finir un premier marathon est un assez étrange :
      à la fois un aboutissement de long mois d’entrainement qui procure un bonheur intense dans la douleur (surtout quand on le fait avec son frère) , et un tremplin vers d’autres défis tout aussi « OUF DINGUES »!! Est-ce du sado-masochisme?
      Je me le demande sérieusement…
      Toujours en est-il que je me pose cette question depuis la fin de cet épopée : Tu préfères quoi Charles-Henri, Berlin ou Londres l’année prochaine?

      • Charles 13 avril 2011 at 18 h 26 min #

        Je rêve de finir comme un ouf-dingue porte de Brandebourg! En attendant… repos. J’ai plus aucune courbature mais un peu mal au dos quand même. Profite de la campagne… Comment tu te sens?

    4. NowMadNow 8 octobre 2011 at 22 h 42 min #

      Je cours, je cours, faut que je planifie un défi marathonesque. Sans me prendre un mur.

      NowMadNow

    Repondre